UN COMPTOIR PRÈS DE CHEZ VOUS
Par Émilie GOUILLY, gérante de l’entreprise Comptoir d’Achat Or et Argent
À première vue, le choix paraît simple. Pourquoi accepter une taxation à 36,2 % quand il existe une taxe à 11,5 % ?
Parce que ces deux taux ne s’appliquent pas à la même somme. La taxe forfaitaire porte sur le prix total de vente. Le régime de la plus-value, lui, ne taxe que le gain réellement réalisé et tient compte de la durée de détention.
C’est pour cela qu’au comptoir, je ne commence jamais par comparer deux pourcentages. Je regarde d’abord ce que vous vendez, combien vous l’avez payé, depuis combien de temps vous le détenez et quels justificatifs vous pouvez produire.
>>> Je fais estimer mon or avant de comparer les régimes fiscaux.
Pour les métaux précieux, la taxe forfaitaire représente 11 % du prix de cession, auxquels s’ajoutent 0,5 % de CRDS, soit 11,5 % au total. Le régime de la plus-value, lorsqu’il est accessible, s’applique uniquement au bénéfice réalisé lors de la revente.
| Régime | Base de calcul | Taux | Durée de détention |
|---|---|---|---|
| Taxe forfaitaire | Prix total de vente | 11,5 % | Aucun abattement |
| Plus-value réelle | Plus-value imposable | 36,2 % | 5 % par an après la 2e année |
| Plus-value après 22 ans | Plus-value | 0 € | Exonération totale |
Le taux de 36,2 % additionne 19 % d’impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux. Le formulaire fiscal 2092-SD détaille cette composition.
Autrement dit, 11,5 % contre 36,2 % n’est pas le bon comparatif. Il faut regarder combien d’euros sortent réellement de la vente.
Sans abattement pour durée de détention, le régime de la plus-value reste moins coûteux tant que le gain représente moins d’environ 31,8 % du prix de vente. Ce seuil vient directement des deux méthodes de calcul : 11,5 % du prix total d’un côté, 36,2 % de la plus-value de l’autre.
Prenons un exemple simple. Vous avez acheté de l’or 10 000 € et vous le revendez 12 000 €.
Le régime à 36,2 % permet ici d’économiser 656 €.
Changeons maintenant le dossier. L’or a toujours été acheté 10 000 €, mais il est revendu 25 000 € après trois ans. Après l’abattement de 5 %, la taxation de la plus-value atteint environ 5 159 €, contre 2 875 € au forfait.
Même bien, même fiscalité. Pourtant, le régime le plus avantageux s’inverse.
Dans ce type de dossier, je calcule donc les deux montants avant de conclure.
>>> Je vérifie la valeur de mes lingots et lingotins avant la revente.
Le régime de la plus-value prévoit un abattement de 5 % par année de détention au-delà de la deuxième. Après 22 ans, la plus-value est totalement exonérée.
L’effet devient rapidement significatif :
Après 16 années complètes de détention, seuls 30 % de la plus-value restent taxables. La charge maximale représente alors 10,86 % de la plus-value brute.
À partir de cette durée, si vous pouvez exercer l’option, la taxation de la plus-value ne peut plus dépasser la taxe forfaitaire de 11,5 % dans le calcul présenté. La durée de détention peut donc faire basculer le choix fiscal.
Oui, dans certains cas. La facture n’est pas le seul justificatif admis.
Le vendeur doit toutefois pouvoir établir de manière suffisamment probante la date et le prix d’acquisition, ou démontrer une détention supérieure à 22 ans. C’est la condition posée par l’article 150 VL du CGI.
Selon le dossier, l’administration peut notamment prendre en compte une facture régulière, un document de vente publique, un acte de donation ou une déclaration de succession. Mais pour les métaux précieux, une seconde question se pose : peut-on rattacher le justificatif au bien vendu ?
Un numéro, une gravure, un emballage scellé identifiable ou certaines modalités de dépôt peuvent notamment servir à individualiser le bien.
C’est pourquoi « pas de facture » ne signifie pas automatiquement « taxe forfaitaire ». Et, à l’inverse, une facture trop vague ne suffit pas toujours.
Oui, un héritier peut parfois choisir le régime de la plus-value même s’il ne possède pas la facture d’achat d’origine. Pour un bien acquis à titre gratuit, la valeur retenue lors de la succession ou de la donation peut servir de valeur d’acquisition pour calculer le gain.
C’est une scène assez classique. Un client arrive avec des pièces héritées et me dit : « Je n’ai aucune facture, elles appartenaient à mon père. »
Je demande alors à voir les documents de succession avant de tirer une conclusion fiscale.
Le détail compte. Une déclaration mentionnant précisément les pièces ou le lingot n’apporte pas la même preuve qu’une simple valeur globale de mobilier. Le BOFiP précise les conditions de justification permettant d’identifier suffisamment le bien concerné.
Non. Les lingots et lingotins en or et certaines pièces d’or relèvent fiscalement des métaux précieux, tandis que revendre un bijou en or relève en principe de la catégorie des bijoux.
Cette distinction change le calcul. Les ventes de bijoux n’excédant pas 5 000 € peuvent bénéficier d’une exonération de taxe forfaitaire, alors que ce seuil ne s’applique pas aux métaux précieux.
Au-delà de ce seuil, le taux forfaitaire des bijoux est de 6 % du prix de cession, auquel s’ajoute 0,5 % de CRDS, soit 6,5 %.
La qualification peut d’ailleurs devenir un véritable sujet fiscal. Le 9 juillet 2026, la cour administrative d’appel de Bordeaux a confirmé que les pièces d’or concernées par une affaire relevaient bien des métaux précieux et non de la catégorie des bijoux.
Avant une vente, je suis toujours le même ordre : identifier le bien, vérifier les justificatifs, retrouver sa valeur d’acquisition, calculer la durée de détention, puis comparer les deux régimes accessibles.
Concrètement :
Avant ces calculs, vous pouvez aussi faire estimer votre or afin de disposer d’une valeur de vente réaliste.
Lorsque nous intervenons comme intermédiaire établi en France, les formalités fiscales font partie du traitement de la transaction. La taxe forfaitaire est déclarée via le formulaire 2091-SD et l’option pour la plus-value via le formulaire 2092-SD.
La vraie question n’est donc pas « 11,5 % ou 36,2 % ? ».
C’est : quel régime pouvez-vous utiliser dans votre situation, et combien vous coûtera-t-il réellement ?
Quelle taxe paie-t-on quand on revend un lingot d’or ?
La vente d’un métal précieux relève par défaut de la taxe forfaitaire applicable aux métaux précieux, soit 11,5 % du prix de cession avec la CRDS. Le vendeur peut toutefois opter pour le régime de la plus-value s’il remplit les conditions de preuve prévues par le CGI.
La taxe sur l’or est-elle toujours de 11,5 % ?
Non. Ce taux concerne les métaux précieux soumis à la taxe forfaitaire. Les bijoux suivent des règles différentes et un vendeur éligible peut également opter pour la taxation de la plus-value.
Peut-on être exonéré après 22 ans ?
Oui. Dans le régime de la plus-value, l’abattement lié à la durée de détention conduit à une exonération totale après 22 ans, sous réserve de pouvoir justifier cette durée.
Faut-il obligatoirement une facture pour choisir la plus-value ?
Non. D’autres justificatifs peuvent être recevables, notamment dans une succession ou une donation. Ils doivent toutefois permettre de satisfaire aux exigences de preuve applicables et, pour les métaux précieux, d’identifier suffisamment le bien vendu.
Qui calcule et reverse la taxe lors d’un rachat d’or ?
Lorsqu’un intermédiaire établi fiscalement en France intervient dans la transaction, il est en principe chargé du versement de la taxe selon les modalités prévues par le CGI.
>>> Je prends contact pour faire examiner mon or, mes justificatifs et les modalités de revente.